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Profondément curieux, le pianiste Nicolas Stavy est un dénicheur infatigable de partitions rares : il a présenté, le 27 juillet 2019 au cloître de l’Abbaye de Silvacane, dans le cadre du Festival international de piano La Roque d’Anthéron, une version inédite pour piano seul des Sept dernière Paroles du Christ en Croix de Haydn.

On connaît des Sept Paroles quatre versions : une version pour quatuor à cordes, la plus répandue et la plus exécutée, puis celles pour orchestre et enfin un oratorio. En revanche, la partition pour piano solo n’est quasiment pas connue et très peu de pianistes ont déjà abordé d’œuvre, y compris les plus aguerris dans la période classique.

Or, Nicolas Stavy a pris connaissance d’une édition française, en l’occurrence de Pleyel (Ignace Pleyel a étudié auprès de Haydn à Eisenstadt et les deux hommes nouèrent une amitié), qui a été « retrouvée » à Saint-Domingue, en République Dominicaine. Il contacte Paul Badura-Skoda pour plus de détails. Très intrigué par cette version, celui-ci effectue des recherches à Vienne et trouve une partition manuscrite inachevée d’époque, qui fut probablement réalisée à partir du quatuor à cordes par un compositeur dont on ne connaît pas (encore) l’identité. Ce manuscrit fut achevé, puis corrigé et validé par Haydn lui-même pour la publication.

Nicolas Stavy joue donc cette partition de Saint-Domingue éditée par Pleyel.

Son interprétation est marquée par une belle sonorité expressive qui correspond à ses mouvements lents. Après une introduction vigoureuse dont le son fait transparaître l’interrogation du sort du Christ, Nicolas Stavy nous initie à un parcours infiniment humain. Dans un tempo modéré et toujours juste, sans aucune précipitation, chaque mouvement respire, aspire à un tendre espoir. Son jeu est extrêmement soigné, dans un ton tantôt solennel tantôt apaisant. Dans « Aujourd’hui, tu seras avec moi au paradis » et « Femme, voici ton fils, et toi, voici ta mère » règne le sentiment d’assurance et de sérénité, alors que dans « J’ai soif », on ressent presque une souffrance physique dans les notes. Le traitement des voix auquel Nicolas Stavy procède ici évoque à l’évidence celui du quatuor, donc des cordes, mais son approche est essentiellement pianistique. Il explore cet aspect plus que jamais dans l’épilogue « Terremoto » (tremblement de terre), dans un caractère dramatique qui achève un parcours spirituel.

Victoria Okada  - Extrait de Crescendo Magasine

Nicolas Stavy

                             se produit sur de prestigieuses scènes internationales telles que le Festival de la Roque d’Anthéron, Festival piano aux Jacobins, Salle Pleyel, Klavier Ruhr Festival, Casals Hall de Tokyo, Athenaeum de Bucarest, Victoria Hall de Genève, Hong-Kong Academy for Performing Arts, 92nd Street Y of New York... Et en soliste avec de grandes formations telles que l’Orchestre de la Suisse Romande, l'Orchestre Philharmonique de Bucarest, l’Orchestre National de Lille, l’Orchestre de la Garde Républicaine...

Il se produit en musique de chambre avec des personnalités musicales telles que Daniel Hope, Cédric Tiberghien, Tedi Papavrami, Karine Deshayes, le Quatuor ébène... Il participe également à des projets en compagnie de comédiens tels que Robin Renucci, Didier Sandre, Brigitte Fossey, Eric-Emmanuel Schmitt.

1er Prix de piano et de musique de chambre dans la classe de Gérard Frémy au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, il s’est perfectionné auprès de Dominique Merlet au Conservatoire de Genève où un 1er Prix avec distinction lui a été décerné. Nicolas Stavy qui a profité des conseils de Gyorgy Sebök et d’Alfred Brendel, est lauréat de plusieurs concours internationaux: Prix Spécial au Concours Chopin à Varsovie en 2000, Deuxième Prix au Concours International de Genève en 2001, Quatrième Prix au Concours Gina Bachauer aux Etats-Unis en 2002, Deuxième Prix du Young Concert Artists de New York en 2003...

Ses deux derniers disques ont été salués par la critique française et internationale: les concertos pour main gauche de Britten et de Korngold avec l’orchestre national de Lille dirigé par Paul Polivnick. Les sonates n°7 et 8 de Boris Tishchenko avec le percussionniste Jean-Claude Gengembre parues sous le label Bis ont obtenu la récompense Maestro de la revue pianiste et **** dans The Guardian.

Les 7 sonates
  1. Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font (Lc 23,34) prononcée immédiatement après son crucifiement entre deux malfaiteurs. Jésus demande ce pardon pour ceux qui ont participé à sa condamnation et exécution.

  2. En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis (Lc 23,43) adressée à un des deux malfaiteurs, en réponse à sa demande souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume. La tradition se souvient de lui comme du bon larron, reconnu par l'Église comme Saint Dismas.

  3. Femme, voici ton fils. Et à Jean : Voici ta mère (Jean 19,26–27) adressées à sa mère et son disciple Jean. Au-delà du devoir filial ainsi accompli, la tradition a perçu ces mots comme la maternité spirituelle de Marie vis-à-vis des croyants représentés par le « disciple qu’il aimait ».

  4. Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (Mc 15,34 et Mt 27,46) crié « à voix forte » en araméen Eloï, Eloï, lama sabbaqthani ? (Ps 22:2) Souffrance suprême du sentiment d’abandon : la nuit obscure de l’homme Jésus, qui pourtant cite un psaume qui s'achève sur la réhabilitation du juste1 – et la mort survient à la neuvième heure (trois heures de l'après-midi)2.

  5. J’ai soif (Jn 19,28) prononcée « pour que l’Écriture soit accomplie jusqu’au bout », commente l’évangéliste. Jésus cite le psaume 69:22 : ils m’ont donné du poison à manger, et pour boire, de l'eau vinaigrée lorsque j’avais soif.

  6. Tout est achevé (Jn 19,30) prononcée après qu’il eut pris cette boisson. Mission accomplie et paix retrouvée.

  7. Jésus poussa un grand cri : Père, entre tes mains je remets mon esprit (Lc 23,46). Et sur ces mots il expira. C’est au Père que se rapporte la dernière parole de Jésus comme le fut sa première : Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? (Lc 2,49).

Commandé par le Quatuor Elysée, à destination des Sept Parole du Christ en Croix de Joseph Haydn, ce texte est une création originale et l’une des seules tentatives contemporaines de placer des mots à la suite de ceux du Christ au Golgotha.

L’origine   de   l’œuvre   (conçue   d’abord   pour   orchestre,   puis transcrite par Haydn pour quatuor à cordes qui en approuva par la suite une nouvelle version pour piano) tient dans une commande du chanoine de Cadix à Haydn en 1785 à destination de la Semaine Sainte de l'église Santa Cueva de Cadix.

À  cette  époque,  le  prêtre  devait  citer,  puis  commenter  chaque Parole, qui était suivie par un accompagnement musical à l’attention d la cérémonie du Carême, telle que la célébraient les églises d’Espagne.

Haydn complètera l’ensemble de sa partition par une introduction et un finale, le terremoto ou tremblement de terre, qui encadrent les sept mouvements de l’œuvre.

Sans doute Haydn n’exigea-t-il nullement que l'on lise ces Parole placées  chacune  en  exergue des  mouvements  de  son  oeuvre  ;  encore moins que l'on parle à leur suite. Toujours est-il que l'on prit l’habitude en  concert,  de  les  dire,  assorties  de  commentaires  divers  composés  la plupart du temps de collages d’extraits de la Bible.

Les textes que je propose ont eux été directement inspirés par le Paroles du Christ sur la Croix rapportés par les différents Evangiles.

Ma volonté est simplement de donner à entendre un écho poétique d’aujourd’hui à ces fragments si merveilleux et énigmatiques à la fois — leçon supérieure de Vie.

J.-Y. Clément


Première Parole du Christ, après que Jésus fut mis en croix au milieu de deux autres suppliciés :

« Père, pardonne-leur ; ils ne savent ce qu’ils font. »
S’ils savaient ce qu’ils font s’ils le sentaient si leur esprit en prenait conscience comme on prend conscience de l’amour de la mort ou de la peur leur coeur embrasé par la lumière telle une torche se consumerait d’un coup pour renaît neuf de ses cendres et resplendir en eux comme le plus puissant des soleils (...)
Père, je meurs pour leur renaissance, pour redonner vie à leu vie, afin que la paix illumine leur esprit, et le monde avec lui

Pardonne-leur, Père, qu’ils sachent combien tu les aimes.

J.-Y. Clément